Monnaie, Servitude et Liberté, la répression monétaire de l’Afrique

Excellent article

Quelques notes de lecture

Le franc CFA, monnaie coloniale, est encore en vigueur dans une grande partie de l’Afrique.  L’auteur, économiste camerounais, avait en 1979 décortiqué ce système économique qui perdure.

« Monnaie, Servitude et Liberté, la répression monétaire de l’Afrique ». Joseph Tchundjang Pouemi. Ed. Menaibuc, 2e édition, 2000.

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Cette image provient du site Rénovez Maintenant 67, Journal d’un Cimbre.

Une analyse qui reste d’actualité

Il faut garder à l’esprit que ce livre a été écrit en 1979, ce qui fait que :
. certains chiffres (par exemple les taux d’intérêt) ne sont significatifs que par rapport à une époque donnée.
. les diverses références et exemples n’ont bien sûr pas été réactualisés (notamment le remplacement du franc par l’euro, qui ne change rien au fond du problème).

L’indépendance et la santé économique d’un pays, écrit Joseph Tchundjang Pouemi, passent nécessairement par une monnaie et des finances bien gérées.

La création de monnaie est…

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Extrait du livre « Jusqu’à la mort du Franc Cfa de Souleymane Boel »

Villepinte avenue pasteur 8h10
Aujourd’hui encore maman m’accompagne à l’école.​
Je profite du peu de temps que nous avons à être ensemble pour profiter au maximum de sa présence.​
En prenant l’ascenseur pour passer des 14 étages au rez-de-chaussée elle en profite pour réajuster mon blouson en pliant soigneusement son col.​
Brusquement l’ascenseur s’arrête et la lumière s’éteint ma mère ré appuyée sur le bouton du rez-de-chaussée à nouveau plusieurs fois jusqu’à ce qu’il se mette à repartir sous les grincements de son mécanisme. À cet instant je n’ai pas peur car je suis avec elle. ​
Je suis presque dégoûté qu’il reparte car je sais pertinemment que je vais devoir me taper une nouvelle journée complète à l’école.​
En sortant de l’ascenseur une habitante de l’immeuble nous salut et nous interpellons gentiment pour mieux nous poser une série de questions et commencer son enquête: ​
« Bonjour Madame, excusez-moi-vous n’auriez pas fait tomber un biberon de votre fenêtre? »​
Ma mère répond en affichant un sourire.​
« Ah non désolée madame je n’ai qu’un fils que vous voyez devant vous et cela fait bien longtemps qu’il ne prend plus de biberon. » « Vous ne savez pas des fois à quel étage les gens ont un bébé?​
Car tous les deux jours je reçois des couches pleines de merde qui atterrissent devant ma fenêtre.​
Vous savez lorsque vous êtes au rez-de-chaussée il en faut très peu pour que vous deveniez la proie des rats.​
L’année dernière il y en a un qui est remonté par mes toilettes.​
J’ai dit ça au gardien mais cela n’avait pas l’air de l’inquiéter plus que cela. » « Je regrette madame mais je n’ai pas cette information. Essayez d’en parler à nouveau au gardien ou d’envoyer un mail au bailleur social il laissera sûrement une note dans le hall d’entrée. » « Oh vous savez si la personne qui fait ça ne sait pas utiliser une poubelle. Elle ne saura encore moins faire attention à ce qu’on pourra lui écrire. »
En sortant de l’immeuble, nous profitons des rayons du soleil, en marchant calmement pour nous rendre à l’école.
Une discussion s’amorce entre moi et ma mère:​
-« Maman j’ai presque fini le livre à papa. C’est vraiment intéressant les thèmes qu’il aborde dedans?​
Tu penses qu’un jour le Niger aura sa propre monnaie? »​
-« J’aimerais te dire oui.​
Mais la corruption à tellement d’influence néfaste sur les nôtres qu’à vrai dire je ne sais pas. »​
-« Tu sais maman le petit garçon qui était à sa fenêtre lorsque nous prenions l’air l’autre jour il est dans ma classe. »​
-« Ah oui! Et comment s’appelle-t-il? »​
-« il s’appelle Alberto Sanchez.​
En vrai il ne nous observait pas il surveille constamment que son père ne revienne pas pour tuer sa mère. »​
-« Quoi! Mais qui t’ont dit de telles choses? »​
-« Bah Alberto c’est mon voisin en classe c’est lui qu’il m’a dit ça.​
Je te jure que je n’invente rien.​
Ce gosse passe ses journées et ses nuits à sa fenêtre parce qu’il a une peur bleue des menaces que son père a tenue à sa mère.​
Encore hier quand nous sommes rentré la lumière de sa chambre étions allumées et il était devant.​
Apparemment ce gosse est un autiste asperger j’ai entendu la directrice parler avec mon institutrice. Elle l’a interrogé à la fin de notre première journée? »​
-« Et donc avec le petit autiste Alberto tous se passe bien au niveau de son intégration?»​
-« Maman c’est quoi exactement le syndrome de l’autisme asperger? »
-« Je connais pas grand-chose à ce sujet AKill .Tout ce que je sais c’est que ceux qui en souffrent ont un développement normal de l’intelligence et du langage, en revanche ils présentent une déficience marquée dans les interactions sociales et la communication.​
Bon je compte sur toi pour bien travailler et ne pas de faire remarquer.​
Je viendrai te chercher ce soir comme hier chez Mme Baradji. »

Extrait du livre: « Jusqu’à la mort du Franc Cfa  » de Souleymane Boel Sortie prévue courant 2020 Inchaa’Allah

Extrait du livre « Jusqu’à la mort du Franc Cfa » de Souleymane Boel

Ce matin je me suis levé en repensant à ce qu’il s’est passé hier à l’intérieur de l’entrée du bâtiment 17. En rentrant hier soir avec maman nous avons constaté d’épaisses traces d’hémoglobines sur le sol du hall d’entrée de Mme Barradji. En sortant de mon lit je suis directement parti à la salle de bain pour vérifier si mes deux oreilles étaient à leur place je les ai touchés en lâchant un soupir de soulagement face au miroir car pour tous vous dire j’en ai fait un cauchemar de ce jeune à qui un chien policier a arraché une oreille.
En repensant à son cri insoutenable cette nuit j’ai très mal dormi. De plus le ballon d’eau chaude du voisin d’au-dessus a explosé vers deux heures du matin imbibant notre vieux plafond d’eau laissant résonner des grosses gouttes d’eau en tombant sur la machine à laver de notre salle de bain. De ma chambre j’ai pensé qu’il s’agissait des pas du chien, alors j’ai fini la nuit pétrifiée sous ma grosse couette. Ce matin malgré tout cela, j’ai le sourire aux lèvres d’aller à l’école en prenant mon petit déjeuner. Je me rappelle qu’il y a deux soirs en arrière j’ai vu ma mère pleurer devant la télé en regardant sur une chaîne du Niger un reportage sur les enfants sous-alimentés du Yémen.
Ses larmes elle n’a pas pu les retenir face à ses corps d’enfants squelettiques souffrants de malnutritions aigües.
En pensant à leurs malheurs, je relativise sur le mien.
Il est vrai qu’il est dur de vivre sans père, mais que dire de ses enfants pour qui la guerre a privé de toutes leurs familles.

Extrait du livre « Jusqu’à la mort du Franc Cfa » de Souleymane Boel

Extrait du livre « Jusqu’à la mort du Franc Cfa de Souleymane Boel

Dans la démarche d’écrire une histoire proche de la réalité, il y a toujours une parcelle de vérité qu’on extirpe du passé pour la consigner afin qu’elle ne soit jamais oubliée.
L’histoire qui va suivre: «jusqu’à la mort Franc Cfa» a été inspirée par l’assassinat de l’économiste Joseph Tchundjang Pouemi ayant eut lieu le le 27 décembre 1984 à Douala.Cet homme à l’opposé du néo-libéralisme dominant depuis plus d’un demie siècle dans le monde avait publié 4 ans avant sa mort son ouvrage de référence s’intitulant:«Monnaie, servitude, liberté» dans son livre il dénonçait ouvertement la répression monétaire de l’Afrique, en lien avec le franc CFA.
L’ouvrage en question:«Monnaie, servitude, liberté» paru pour la première fois en 1980 aux éditions Jeune Afrique.À l’époque certains universitaires camerounais feront disparaître cet ouvrage pendant de nombreuses années jusqu’à sa réédition par Ménaibuc dans les années 2000.
La France fabrique et contrôle la monnaie de presque 180 millions d’habitants sur cette planète!Elle fabrique et l’exporte dans la zone franc CFA, du nom de la monnaie qui circule dans quatorze pays d’Afrique via:
l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) avec sa banque, la BCEAO, où sont représentés huit pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo)
la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) avec sa banque, la BCEAC, qui rassemble six pays (Cameroun, République centrafricaine, Congo Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad.)
Pour faire simple et concis, le trésor publique français n’est que le curateur de tous les pays africains de la zone Franc qui ne contrôlent ni leur déficit, ni leurs dépenses, ni leur budget, et encore moins leur crédit public.
Cette affreuse réalité est incontestable.Tous les États qui relèvent du franc CFA n’ont aucune maîtrise de leur monnaie.Les revers de ce cruel système monétaire coloniale n’a servi qu’à grossir les fortunes colossales de l’oligarchie au pouvoir, et favorisée la dévaluations des matières premières en entravant la mise en place d’équitable accords commerciaux entre les pays africains et d’autres investisseurs.

Extrait du livre « Jusqu’à la mort du Franc Cfa » de Souleymane Boel sortie prévue février 2020 Inchaa’Allah

Extrait du livre « Jusqu’à la mort du Franc Cfa » de Souleymane Boel

Villepinte 22h17 le 2 septembre 2008/quartier de la fontaine Mallet
Le soleil vient de disparaître pour laisser place à la pénombre qui s’est diffusée en silence et sous le parfum d’un encens exquis je me suis endormi dans le salon de Madame Baradji le temps que ma mère revienne me chercher épuisé par ma première journée d’école.
Cela ne fait seulement qu’un jour que ma mère m’a confiée à cette dame pendant ses heures de travail et pourtant je la considère déjà comme ma tante.
D’ailleurs c’est elle qui insiste pour que je l’appelle : «Tata Astou »
Sa fille Aissata m’a ramené une couverture pendant que je dormais elle l’a posée si délicatement sur moi que je n’ai même pas senti me faire border comme un nouveau-né.
Quand brusquement je fus réveillé par le bruit d’un animal provenant de l’extérieur. Les jappements d’un chien qui raisonnaient dans le hall de l’immeuble mélangé avec les injonctions d’un groupe de policiers ayant fait irruption dans le bâtiment.
Tata Astou habite au rez-de-chaussée de chez elle on entend tous ce qu’on ne devrait pas:
– « Videz vos poches et posez vos mains sur le mur. Allez! Allez!
Mais toi ton nom je le connais on a arrêté ta sœur le mois dernier à la supérette de la gare pour un vol de maquillage. Surement qu’elle se préparait pour aller faire le tapin. »
« À quoi ça te sert de faire le malin devant tes collègues? je n’ai pas de soeur donc ce que tu dis ça n’a pas de sens et ça ne peut pas me toucher. » « peut-être que tu en as une mais que ta mère ne t’a pas mis au courant parce qu’elle ne savait pas qui exactement était le géniteur. » « Tu perds ton temps avec moi tu ne l’auras pas ton outrage.
Tu es juste frustré parce qu’on est clean et que pour toi quatre noirs qui discutent devant chez eux ça ne peut pas exister. »
Le chien jappait de plus en plus fort quand subitement l’attaque de l’animal fut aussi inattendue que sauvage. Le berger allemand bondit au visage du jeune et ses crocs se refermèrent avec rage sur son oreille.
Un cri de douleur résonna jusqu’au cinquième étage.
Le chien flic arracha l’oreille de ce jeune innocent sous les yeux de ses amis.
-« il a arraché son oreille! Il a arraché son oreille! »
Un voisin du premier ouvrit sa porte:
-« Oh! c’est quoi tous ce bordel en bas. »
Dans la panique un des flics sortie son arme pour tenir les jeunes en joues.
-« reculez! Reculez bordel ou je vous allume! »
Un de ses collègues sorties un extincteur à lacrymogène et gaza de face la plus petite qui s’évanouit avant de s’enfuir.
Un quart d’heure plus tard ma mère venue me chercher.
En ouvrant la porte je l’ai vue en larmes. Au début je pensais qu’elle avait appris une mauvaise nouvelle de Niamey:
-« Maman pourquoi tu pleures ?
Qu’est-ce qu’il y a? »
Par la suite j’ai compris en parlant avec un jeune qu’il s’agissait du gaz lacrymogène qui était resté dans l’immeuble.De mes dix ans je me suis dis que c’était dingue d’être à discuter devant chez sois et de finir la soirée en voyant un chien policier d’un flic véreux se tirer avec une oreille.

Extrait du livre: « jusqu’à la mort Franc cfa » de Souleymane Boel Sortie prévue février 2020 inchaa’Allah

Extrait du livre « Jusqu’à la mort du Franc Cfa » de Souleymane Boel

Il n’y a aucun pansement pour un cœur blessé d’avoir perdu son père. Malgré le temps qui passe cette absence se renouvelle sans cesse dans mon présent.

Le Niger me manque, j’aurais voulu y rester et y grandir mais aujourd’hui je me retrouve entouré par des barres de bitumes où tout le monde semble se méfier de tout le monde. Je regarde ses avions survoler ma cité en me demandant où vont-ils?

Lorsque je me perds dans mes pensées il y a toujours la bienveillance de Mme Baradji pour me demander:

« AKill tout va bien? »

Je réponds toujours:

« Oui! » mais juste pour ne pas la blessée.

C’est une brave femme ma mère m’a confié à elle le temps qu’elle revienne de son nouveau travail de cuisinière dans un restaurant africain.

En l’attendant assis chez elle dans un coin de son salon je poursuis la lecture du livre qu’à écrit mon père. Faute de pouvoir l’entendre je lis son ouvrage en l’imaginant me parler je m’attache à ses écrits car au fond quelques photos et cette œuvre sont tout ce qu’il me reste de lui.

En pensant à mon père je me suis dit ou qu’il soit parti il n’aimerait pas me voir triste. Alors pour lui, je me suis dit que je me devais ne plus être l’otage de ma souffrance.

Quand l’esprit devient une prison qu’on ne voit pas,il faut en faire une évasion qu’on arrive à voir.

Extrait du livre: « jusqu’à la mort du Franc Cfa »

Auteur: Souleymane Boel

Sortie prévue courant 2020 inch’Allah

Extrait du livre: « Jusqu’à la mort du Franc Cfa » de Souleymane Boel

Villepinte mardi 2 Septembre 2008 école primaire Charles Degaulle.

Une trentaine d’élèves rentrent en classe pour leurs premiers jours d’école. La maîtresse affiche un sourire forcé est un maquillage exagéré. Suis-je éveillé? ou fais-je un cauchemar tellement l’institutrice ressemble au clown du film: « Ça !»inventé par le célèbre romancier Stephen King.

Son nom est Madame Tisley Joséphine en l’a voyant se présenter je ne peux m’empêcher de penser à ce vilain grippe-Sou, le croquemitaine responsable de la disparition de plusieurs enfants dans la petite bourgade américaine de Derry.

En ouvrant mon sac je lâche un soupir spontané en constatant que j’ai oublié ma trousse dans ma chambre .Hier ne trouvant pas le sommeil j’ai relu le début du livre de mon père et j’ai souligné avec ma règle les mots dont je ne connaissais pas le sens pour les chercher plus tard dans le dictionnaire.

En demandant un stylo à l’élève qui se trouvait assis à côté de moi en regardant bien son visage j’ai reconnu parfaitement ce garçon qui nous fixait moi et ma mère lorsque nous dégustions nos pastels hier après-midi:

-« Hé mais attend c’est toi qui nous matais de ta fenêtre moi et ma mère hier ?

Tu habites au quartier de la fontaine Malet? » « Ce n’est pas vous que je regardais mais je surveillais les lieux.

Au cas où mon père allait revenir.

Il est dangereux, il a déjà cassé le nez à ma mère et l’a appelé deux fois d’un téléphone en prison pour lui dire que si elle ne revenait pas avec lui il allait la tuer.

Tiens un stylo, si tu veux tu peux le garder. »

L’institutrice se mit à demander aux élèves d’écrire leurs noms sur un bout de papier pour le plier et le laisser sur leurs tables pour se familiariser avec les prénoms des élèves.

Après s’être présenté aux élèves elle décida de faire un tour de table en nous demandant de se présenter en nous questionnant sur ce que faisaient nos parents.

-« Et ton papa Akill qu’est-ce qu’il fait dans la vie? » « Mon père était un économiste ayant une très belle carrière académique il exerça le poste de Professeur-Maître à la Faculté des sciences économiques de Niamey.

En 2003 il fut sauvagement assassiné par balles à la fin d’une conférence pour l’occasion de la sortie de son livre: « le sang de l’économie »

Son premier ouvrage fut rédigé comme une lettre ouverte aux présidents africains de la zone franche pour les appeler à réagir et réclamer leurs indépendances monétaires. »

Mon témoignage laissa un sentiment de mal l’aise.

Mais moi ce n’était qu’une fierté d’honorer la mémoire de mon père qui avait laissé sa vie en luttant contre un outil de domination politique et économique pour l’intérêt général de peuples africains encore sous tutelle monétaire. »

Extrait du livre: «Jusqu’à la mort du Franc Cfa» de Souleymane Boel Sortie prévue courant 2020 Inchaa’Allah